Microsoft est mort, selon Paul Graham.

Je ne suis pas aussi catégorique, et je pense que M$ peut et continue à faire beaucoup de mal à l'industrie du logiciel.

Je ne suis pas non plus tellement d'accord avec l'idée (pourtant de plus en plus répandue) que le desktop est mort. Les applications web "2.0"[1] peuvent en effet remplacer certaines choses, mais le confort d'utilisation n'est selon moi pas le même. De plus, la connexion 24/7 est encore un rêve lointain. Le wireless est une technologie qui, avouons-le, marche mal, poussée trop tôt par les constructeurs avides de profit rapide. Elle a besoin d'être remplacée avant que l'on puisse prétendre à une connexion à internet omniprésente.

Pour finir, un problème éthique se pose aussi par rapport à ces applications web.

D'un côté nous avons les applications comme GMail et GCalendar, qui repèrent les mots-clefs intéressants dans les mails que vous écrivez ou les rendez-vous que vous prenez. En les utilisant, vous abandonnez une partie de votre vie privée, quoi que la charte d'utilisation des données personnelles dise. En effet, les entreprises qui fournissent ces applications sont financées presque exclusivement par la publicité ciblée, qui utilise toutes les informations que vous leur donnez pour établir votre profil consommateur, et vous proposer ensuite les produits qui rentrent dans ce profil.

D'un autre côté, on peut trouver des sites web collaboratifs comme Facebook ou LinkedIn. Ces sites web sont très utiles et ce sont les utilisateurs qui gèrent le contenu. Tout ça est bien beau, mais en plus de rassembler des informations personnelles à des fins publicitaires, ces sites sont aussi ce que Peter Saint-André appelle des "silos", incapables de communiquer entre eux. Imaginons que je veuille créer un site "à la Facebook". Les utilisateurs de mon site ne pourront pas voir les utilisateurs de Facebook. S'ils ont des amis sur Facebook, ils seront obligés de créer un compte sur Facebook et un compte sur mon site. Ça peut parraitre normal pour certains d'entre vous, mais pour moi ce genre de service s'apparente à un service d'e-mail dans lequel les adresses @foo.com ne pourraient pas envoyer d'e-mails aux adresses @bar.com mais seulement aux adresses se terminant par @foo.com. Oui, ce serait absurde.

C'est pourtant aussi ce qui se passe depuis des années dans le monde de la messagerie instantanée, avec des utilisateurs de Yahoo messenger d'MSN, d'AOL, de Gadu-Gadu, incapables de discuter entre eux. Le problème est que chacun utilise un protocole propriétaire et une architecture de services centralisée (les utilisateurs d'MSN, par exemple, sont obligés de passer par un serveur microsoft pour se connecter). Il faut se créer un compte par fournisseur.

Google est le seul à avoir joué le coup finement sur ce point en utilisant la technologie de jabber, et Google talk est totalement compatible avec jabber. Jabber utilise un protocole ouvert, que tout le monde peut utiliser, et fournit aussi un service décentralisé. Cela veut dire que n'importe qui, s'il le souhaite, peut créer son serveur jabber sur lequel il se connectera, et il sera alors capable, via ce serveur, de contacter tous les utilisateurs jabber connectés sur tous les autres serveurs jabber au monde. Oui, comme l'e-mail.

Ploum parlait justement récemment des standards et protocoles ouverts sur son blog, et pour ne pas être redondant (chose que les informaticiens détestent), je pointe simplement vers son billet pour conclure.

Si vous voulez vous mettre à jabber (que ce soit avec un compte GMail ou à partir d'un autre serveur, vous pouvez trouvez pas mal d'informations en français sur le site de JabberFR

Notes

[1] aussi ridicule que soit ce nom, il a l'air de rester